cinéma


Tokyo Sonata


L'histoire

Le dérèglement d'une famille tokyoïte

Les plaisirs du film

La mise en scène. Les cadres sont superbes. A l'intérieur de la maison exiguë et très vite familière, la caméra se pose en différents endroits, souvent en emprisonnant les personnages derrière un premier plan : barreaux d'un escalier, étagères de la cuisine. Les verticales et les horinzontales, parfois composées comme un Mondrian, suggèrent un carcan. La table où se tiennent les repas, notamment, n'est presque jamais filmée deux fois sous le même angle. Selon l'avancée de l'histoire, le repas apparaît comme une photographie, un état des absents et des présents.

Tokyo filmé comme jamais. Ni le cliché de la ville ruche et effervescente, ni celui des cerisiers et des vieux temples. Un entre-deux, celui d'un quartier résidentiel ni riche ni pauvre, dense et fleuri.

La force des personnages. Le petit garçon, bien sûr, fil principal de l'intrigue, celui qui veut, le seul dont la boussole intérieure reste fiable, celui qui dit le vrai. Le grand frère, dans son insouciance, le père, formidable en bloc d'autorité peu à peu fissuré. La mère, en espoirs et en attente, réduite à son rôle mais tout à son rôle. La professeur de piano, support de l'aspiration platonicienne du petit héros : s'élever vers le beau/le bon par l'intermédiaire de la beauté tangible, comme celle des corps.

Le thème de la déréliction. Evolution d'une société minée de l'intérieur par son passé, par les influences occidentales dont les valeurs infiltrent et craquellent le modèle patriarcal, dont les marques, discrètement visibles à l'écran (fugue dans une Peugeot sur un parking avec McDo, révélation tragique dans un centre commercial...) remplacent les repères traditionnels de la société. Thème de l'effritement traité autour du licenciement du père : intéressant en cette période de crise.

La tonalité particulière de l'humour du film, parfois proche de l'absurde d'un Roy Andersson (en moins statique...).

La scène finale, qui serre la gorge.

fiche film & séances

livre


Tout commence par un prix décerné par une radio à un enfant-héros mexicain. A la clef, une rencontre avec le Pape, mais surtout beaucoup de pesos. A toute allure, le livre tisse des liens entre des habitants de Mexico City aux antipodes les uns des autres : le patron de la radio, un jeune laveur de voiture shooté à la colle ou un gauchiste à la solde du capital. Ces liens sont des liens de sang, de violence, de maladresse, d'insoumission, de dégoût, d'envie, de sadisme ou de poésie. Ce roman superbe brasse avec ironie toute une société déchirée et corrompue. Une société aux origines sombres, à l'image du héros, émouvant dans son dénuement, qui guette l'arrivée de son premier poil avec anxiété.

Quand je serai roi, Enrique Serna

cinéma


Un thrillounge. Duplicity appartient à cette lignée de thrillers lounge, comme par exemple Ocean's 11. Une intrigue bien menée et tout le confort autour. La sensation de prendre place dans une limousine de luxe, avec intérieur feutré et champagne à bord. Flash-backs élégantissimes, sound design aux petits oignons, casting impeccable avec big beautiful stars et dialogues réjouissants.
L'intrigue ? On s'en fiche un peu, pas besoin d'en saisir toutes les subtilités, juste les coups de théâtre. Et puis cette impression apaisante de voyager de Rome à Miami sans bouger de son fauteuil, comme on feuilleterait l'Officiel Voyages.
Mention spéciale pour Julia manipulatrice convaincante (on l'imaginerait bien en Patty Hewes), pour Clive et ses faux airs de Bill Murray et pour Paul Giamatti en pdg corporate répugnant à souhait. D'ailleurs, amusant de situer une intrigue dans le monde en décomposition des grosses firmes. Au poil.

fiche film
& séances

musique


Entre les mains des chanteurs, des mouettes.

Le Stabat Mater de Dvorak par l’Orchestre National des Pays de Loire
. L’orchestre sur scène et, derrière, le chœur, hommes et femmes, en tenue noire, étagés sur quatre gradins. Entre les mains des chanteurs, des mouettes.

Couverture bleue, souple, grande ouverte, tranche blanche et fine des pages, bien calées au creux de la main, les partitions libèrent les ailes des pages légères au gré des notes qui s’égrènent au-dessus des flots du doux ressac, qui parfois gronde, des voix.

De temps à autre, quand une page se tourne d’un même mouvement balancé, les blancs feuillets s’envolent et se posent aussitôt tout à côté, juste portés sur la vague de la main.

Rythmés par le chant, les livrets dansent, les mouettes de papier volettent de concert dans l’air vibrant des ondes musicales jusqu’à ce que, les partitions se vidant de leur magnifique marée mélodieuse, peu à peu, les ailes blanches se replient, dans la nuit bleue de leur couverture.

C’est alors que les voix qui apaisent se taisent.


Pierrette

livre


« Toi qui es écrivain, tu vas écrire un livre sur tout ça ? Tu devrais. Si je savais écrire, moi, je le ferais. » Ce livre relate deux morts. Deux personnes prénommées Juliette. Une petite fille, tuée en 2004 par le tsunami au Sri Lanka. Et une mère de trois petites filles, emportée par un cancer à Lyon. Dans les deux cas, les familles des disparues demandent à Emmanuel Carrère d'écrire. Un peu réticent au départ, Carrère s'imprègne des vies des autres, qui par la force des choses, font partie de la sienne. Comme toutes les vies que l'on croise.
Le livre se lit moins comme un roman que comme un long et excellent article (comme ceux de la revue XXI par exemple). Carrère prend la bonne distance : celle de ses liens peu intimes avec les deux victimes. Celle de ses préjugés envers tel métier ou tel mode de vie. Celle de son égoïsme. Du coup, de l'humour et de la chair dans cette empathie littéraire.

D'autres vies que la mienne, chez POL

Photo extraite d'une série sur le tsunami du Sri Lanka http://www.alisonwright.com


ordinary people


Le chat botté : c'est le spectacle de ce dimanche matin au Guignol du Luxembourg. Dehors, il pleut. A l'intérieur, les petits bancs de bois se remplissent. Cris, pleurs, manteaux et parapluies. Les enfants piaillent. Les parents et les grands-parents s'installent, cherchent les places libres. Parmi eux, Raymond Domenech, parka noire, biberon à la main, tendre et attentif. Il cherche une place, et s'assoit sur un strapontin à côté d'un homme étrangement coiffé exactement comme lui, avec qui il entame une causette à propos du théâtre de marionnettes.
J'entends un père de famille glisser à son voisin, "c'est le moment ou jamais de lui casser la gueule. Je plaisante, bien sûr je plaisante". Pendant le spectacle, du coin de l'œil, Domenech regarde la salle et sourit, heureux. Guignol, le chat botté, les lapins, le roi, la princesse, bulles de savon, chanson finale et le rideau retombe.
Des pères excités poussent leurs gamins vers Domenech "mais si c'est lui, ah c'est ton cousin qui va être jaloux quand tu vas lui dire ça, hein... Oui, bonjour msieur Domenech, il osait pas venir vous voir, il est un peu intimidé".
Domenech, avec un sourire un peu las, rhabille ses enfants dans la cohue de la sortie, en leur demandant doucement si le spectacle leur a plu.

restaurant




un
peu
pompette

menu
découverte
assez
moyen

mais
ICE BAR
superbe
et
vodka
délicieuse



Le Kube : 1-5, passage Ruelle 75018 Paris
01 42 05 20 00
tous les jours de 7h à 2h


pousspouce de bœuf, sucette de gambas et autres détails sur
http://www.muranoresort.com

Alexandra

à croquer


De petits soleils cueillis

avant d'être mis en confiture :
les derniers bergamotes de la saison.

Véronique

cinéma


Harvey Milk.
Une affiche de folie, avec des étoiles et des oscars dans tous les sens. Un Sean Penn terrible en costard 70's. Un réal intéressant, une histoire de l'Histoire méconnue. A priori, un très bon moment de cinéma.
Pas trop décidé à aller à la séance de 21h30 au St Germain, je fais un tour à l'Ecume des Pages pour acheter le dernier E.C. Et puis il est 21H26, pourquoi hésiter encore. Je descends la rue Saint-Benoît. De joyeux fêtards en tenues de soirées font la queue pour une table au relais de l'Entrecôte (voir son site inénarrable).
Dans la salle, deux bandes : une de jeunes étudiants en graphisme, une de jeunes étudiantes en graphisme, et quelques couples. Tout commence bien, avec un générique très étrange. Images N&B sans aucun son. Ce silence total met assez mal à l'aise, mais bon, c'est Gus Van Sant, personne ne bronche. C'est aux premières images du film qu'on comprend. Le projectionniste a juste oublié la bande-son. On arrête tout, on rallume les lumières. Quelques minutes plus tard, on recommence (aaah de satisfaction de la salle, bien sûr).
Et là, bon, un Sean Penn très à l'aise, une histoire bien menée, mais la pâte archives+images tournées a du mal à prendre. Le rythme n'est pas à la mesure de l'effervescence du sujet. Le réal a perdu son style. On passe à côté de l'enjeu et le tout s'épuise, à cause de ces archives qui font regretter un vrai docu, à cause de cette voix off appelant le flash-back, à cause des personnages parfois un peu stéréotypés. Le film aurait pu être étonnant, instructif et vif. Le générique de fin, bienvenu, montre les vrais visages. On admire la ressemblance du casting.


fiche film & séances

ordinary people


Une parka blanche à capuche fourrée. Un jean tout simple et des tennis tout bêtes. Un grand sac Zara en bandoulière et une pile de livres dans les bras. D'un coup de sac, elle fait tomber quelques livres d'une table basse. Elle les remet aussitôt en place. Elle demande de sa belle voix grave et douce un titre à une employée. Virginie Ledoyen, au milieu de la Fnac Montparnasse, reste totalement anonyme. Personne ne la reconnaît. Elle furète entre les rayons, le visage fatigué, le regard concentré. Plus tard, à la caisse, elle achète entre autres un coffret de Gossip girls et le roman Les Grandes espérances.
Sortie du magasin, elle attend au passage piéton, clope à la main, superbe. Finalement, elle se ravise et remonte la rue de Rennes d'un pas pressé.

Sylvain

cinéma


Gran Torino
tu seras un homme, mon fils

L'histoire

Un ancien de la guerre de Corée et ses rapports avec ses voisins asiatiques

Les plaisirs du film

Le visage de Clint. L'essence du bonhomme dans cette face ravinée comme un lit de rivière à sec. Une épure impressionnante de dureté et de franchise.

Son auto-parodie. Raciste, dur et caricatural. Eastwood intègre ces traits, ceux qu'on lui a toujours reprochés, dans son personnage. Du coup, chargé à bloc, ce vieux bougon renverse la critique en grossissant le trait. Il surjoue le dur à cuire, notamment avec d'étranges grognements de bête, ou lors de ses face-à-face virils avec amis et coiffeur, ou contre de petits caïds : "vous n'avez pas remarqué qu'il ne faut pas croiser un certain genre de type ? Je suis ce type." On pense là à des répliques cultes de gros bras du cinéma, du genre I'll be back (Terminator).

Le transgenre : plusieurs genres dans ce film. Du thriller à la comédie franchement drôle en passant par l'étude de mœurs... Le brassage de ces genres se fait avec une grande fluidité.

La redécouverte d'un cinéaste aux grosses ficelles. Films souvent pesants, manichéens, filmés sans grande subtilité, sur des sujets tire-larme. Mais précisément, ces défauts sont de formidables qualités pour une comédie où l'intelligence, dans tous les sens du terme, joue le premier rôle.

L'unité de lieu. L'affiche suggère une équipée sauvage dans la nuit. Or on ne quitte pas une petite banlieue. Le cadre ainsi délimité permet de se concentrer sur le théâtre des personnages et sur la tragédie qui se trame.

L'envie de déguster les spécialités hmongs au plus vite (si quelqu'un a une adresse...)



fiche film & séances

ordinary people


Le conducteur de la Jaguar noire et rutilante donne ses clefs au chasseur de la Grande Epicerie. Il prend son temps, totalement coupé du reste du monde, c'est-à-dire en l'occurrence de l'effervescente rue de Sèvres en pleine après-midi. Il bloque la circulation. Derrière lui, un homme, massif sur sa petite monture (un scooter), tempête et le traite de connard. Sous le casque à la visière relevée, le regard courroucé de Depardieu : un coup de guidon et il file, rageur, vers son chantier de la rue du Cherche-midi.