Projection de presse : Amorosa Soledad


Un film fragile. Fragile comme son héroïne. L'héroïne est entre les rires et les larmes, le film joue les funambules entre comédie et drame. Elle se raccroche à la médecine, il se sécurise avec une écriture très maîtrisée. Elle est très mince, très jolie, drôle. Il est assez mince lui aussi, avec une intrigue ténue et un format court (1H16), il est joli et drôle, d'un humour ambigu. Les deux, l'héroïne et le film, touchent par cette fragilité même. Un premier film doux, subtil et humble. L'histoire ? Comment une jeune femme vit avec la solitude, c'est-à-dire avec elle-même.

L'actrice, précise et belle Ines Efron, de toutes les scènes, a visiblement toute la confiance de la réalisatrice, qui la filme en plans-séquences. Confiance méritée : elle donne à son personnage une étrangeté presque inquiétante. Censée être une fille venant de se faire larguer, elle se situe aux antipodes des clichés. Amorosa Soledad (= à peu près "chère solitude"), âme artiste et bohème, est l'anti-Bridget Jones.




Sage, hyponcondriaque, anxieuse et un peu illuminée, elle promène sa gracieuse et longiligne silhouette chez elle, dans sa boutique, dans les rues, décalée de la réalité. Elle pourrait presque être une lointaine cousine argentine de M. Hulot : pas de place pour elle dans le monde. Son ancien petit ami pense à son disque, sa mère à ses seins, son père à sa maison, ses associés à leur boutique, ses voisines à leurs sorties...

Auprès de tous elle cherche amour ou affection, mais en vain. Impossible même de garder un chien. L'incommunicabilité, l'impossibilité de connaître les êtres les plus proches, rythment l'histoire, à coups d'appels manqués, de portes fermées, de dialogues de sourds.




Le sens du détail, l'inventivité. Des chaussons moussus au nom de la boutique, tout le film est saturé de choses qui font sens. Comme par exemple les toilettes, bouchées, décorées, puis débouchées par le nouvel amoureux. Tout est à décoder. Un peu trop. A certains moments on aurait aimé une réalisation plus lâchée, moins cérébrale, à l'image de la séquence de la pizza, juste et cruelle. D'autant plus que la photo, avec ses flous, ses belles lumières, sa mise en valeur des textures, baigne le film d'une charmante sensualité.



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